Free Polanski
Connaissant déjà relativement bien cette affaire de mœurs, sa soudaine résurrection médiatique me fait l'effet d'un "déjà vu".
Ce qui me frappe, c'est bien l'ampleur qu'elle a pris avec le temps. Certes, il y avait déjà un acharnement médiatique en 1977, toutefois à l'ère d'Internet, tout et n'importe quoi circule. Certains commentaires des lecteurs vont même jusqu'à traiter Polanski de "violeur-pédophile" sur la base d'articles en tout genre (inutile de préciser qu'ils ne connaissent pas grand-chose à cette histoire). Suite à diverses affaires judiciaires devenues célèbres, je comprends que le mot pédophilie fait évidemment peur, mais manifestement, beaucoup ne semblent pas le comprendre sinon ils ne feraient pas d'amalgames ou de raccourcis simplistes.
Ils s'en prennent tout aussi violemment à ceux qui le soutiennent, politiques ou artistes, qui le défendent parfois avec succès, mais selon moi davantage avec échec (par exemple, lorsqu'ils essaient de justifier son geste ou de faire croire que la fille faisait beaucoup plus âgée, ou comment perdre crédibilité tout en s'attirant les foudres de l'extrême droite et des ligues féministes). Polanski le dira lui-même depuis sa cellule, bien que touché par le geste, certains soutiens sont "contre-productifs"...
Nous en sommes là aujourd'hui ; l'Amérique punit sévèrement (plus que dans les années 70) ce genre de crime qui ne connaît pas la prescription là-bas, mais il est tout de même compréhensible (même pour le plus abruti des critiques agressifs) que l'on se permette de soutenir un homme, en argumentant avec notre point de vue d'européens. Tant pis si c'est dérisoire. Oui, on peut soutenir un homme qui a commis un crime il y a plus de trente ans, reconnu ou non de la charge de viol (rappelons-le encore: il ne l'est pas, et difficile d'être objectif là-dessus tant le doute subsiste). Et même sans la fameuse rengaine de la prescription, il est difficile de ne pas penser aux cas de ces anonymes inculpés pour le même crime (détournement de mineur), condamnés en France à des peines avec sursis, voire relaxés, parce qu'il y avait consentement mutuel. La victime, Samantha, a reçu des sommes astronomiques, a pardonné Polanski et demandé l'arrêt des poursuites. Puisque elle et lui réclament l'abandon des charges, on pourrait légitiment se demander à qui profiterait cette affaire finalement.
Aussi, même si ça peut révolter, le détournement de mineur est un crime faible dans la hiérarchie des crimes sexuels. Un anonyme ne trinquerait pas autant. Il ne subirait pas non plus d'arrestation aussi déshonorante à Zurich trente ans plus tard (c'est plutôt le traitement qu'on réserverait à d'anciens génocidaires), et encore moins en se rendant à un festival en son honneur.
Il est probable que des violeurs-pédophiles récidivistes en liberté ne manquent malheureusement pas, mais est-ce que la justice américaine n'a rien d'autre à faire que de s'en prendre à un homme qui a prouvé, depuis si longtemps, qu'il n'en était PAS un?
Romain Desbiens